Plan Wallonie cyclable à Liège : et si cette fois c’était la bonne ?

Interpellation

Plan Wallonie cyclable à Liège : et si cette fois c’était la bonne ?

Dans sa déclaration de politique régionale, le Gouvernement wallon a indiqué vouloir doubler l’usage du vélo d’ici 2024 et le multiplier par cinq d’ici 2030. Pour y arriver, la Wallonie, parmi d’autres actions, vient de lancer le second plan « Wallonie Cyclable [1] » : un appel à projets doté d’une enveloppe de 40 millions d’euros à destination des communes qui ont jusqu’au 31 octobre pour manifester leur intérêt et jusqu’au 31 décembre pour déposer leur candidature. Au sein du GRACQ Liège, on a une petite idée sur la façon d’utiliser cet argent !

Le plan « Wallonie cyclable » n°1

En 2010, un premier appel à candidature à destination des communes était mis en place par le Ministre wallon de la mobilité (Philippe Henry – Ecolo) pour développer, en priorité, l’infrastructure cyclable.

L’intérêt de ce premier plan « Wallonie Cyclable » était de concentrer des budgets vers une dizaine de communes motivées et de fournir un soutien méthodologique. Cela a aussi permis de créer une certaine émulation entre les communes, de développer un partage d’expérience et d’initier une « culture cyclable » au sein des administrations communales et wallonne.

Une première expérience insatisfaisante à Liège !

Si certaines communes ont tiré leur épingle du jeu, à Liège, les résultats sont mitigés. En 2016, le GRACQ Liège avait procédé à une évaluation [2] des réalisations du Plan Wallonie cyclable et du plan communal cyclable (PCC 2011) qui l’accompagnait.

Malgré les 4,5 millions d’euros mobilisés pour la cité ardente (80% par la Wallonie, 20% par la Ville de Liège), seul 1/3 des actions proposées ont été réalisées. Aucun des 6 itinéraires cyclables structurants annoncés n’a été mis en œuvre. Aucune des 4 jonctions annoncées n’a été aménagée. Sur 10 points noirs identifiés, un seul a été résolu.

Figure 1 : à gauche, le réseau structurant tel que prévu dans le Plan Communal Cyclable (PCC) adopté en 2011 ; à droite, l'état du réseau structurant PCC réalisé en 2017.

Les raisons de ce maigre résultat ? Le report du projet du tram qui comprenait une partie des aménagements proposés mais aussi des dépenses trop dispersées, un manque d’ambition au niveau de la reprise de l’espace à la voiture, un manque de coordination entre la Ville et le SPW….

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts. Les travaux du tram sont en cours, la ville est davantage encombrée par le trafic automobile, les préoccupations environnementales et sanitaires ont dopé l’usage du vélo à Liège, la population réclame davantage d’infrastructures cyclables et les autorités se montrent plus réactives et plus ambitieuses. La preuve en est avec la mise en place au printemps d’une Task force et la matérialisation, en un été, de diverses mesures… attendues depuis des années mais toujours largement insuffisantes pour atteindre l’objectif ambitieux de 10% de déplacements à vélo à Liège.

Communes pilotes Wallonie cyclable n°2

Pour cette nouvelle édition, le Ministre wallon de la Mobilité (Philippe Henry, encore lui) vient d’annoncer une enveloppe de 40 millions d’euros sur une période de 2 ans (le budget de la première édition était de 18 millions) pour financer le développement d’infrastructures cyclables sur des voiries gérées par les communes.

Les communes seront sélectionnées sur base de leur potentiel, de leur ambition et de leur vision stratégique. Pour une ville de la taille de Liège, le montant de la subvention sera plafonné à 1 700 000 € pour 2021-2022.

Au niveau du potentiel dans l’agglomération liégeoise, il est énorme ! Plus de 155 000 personnes [3] résident en fond de vallée à moins de 10km du centre-ville, soit environ 20 minutes à vélo. Si on ajoute l’explosion de la vente des Vélos à Assistance Electrique (VAE) et donc les habitants des côteaux et des hauteurs de la ville, ce chiffre atteint environ 380 000 habitants ! Selon une étude menée par l’ULiège en 2018 [4], un liégeois sur six pourraient envisager ses déplacements quotidiens à vélo.

Concernant l’ambition et la vision stratégique, le GRACQ Liège ne peut à ce jour être aussi enthousiaste car, malgré les ambitions affichées dans la déclaration de politique communale 2018-2024, on ne voit pas encore vraiment de stratégie claire.

Le dernier plan communal de mobilité (PCM) date de 2004 et le plan communal cyclable de 2011 réalisé dans le cadre du premier plan Wallonie Cyclable semble avoir été jeté aux oubliettes par les autorités communales. Et concernant le tout récent plan de mobilité du déconfinement [5] du 3 mai 2020 qui prévoit le développement de « coronapistes » permettant de booster l’utilisation du vélo en période de crise sanitaire, les liégeois sont toujours en attente de la mise en œuvre effective d’itinéraires structurants rapides, sûrs et directs.

Reste le Plan Urbain de Mobilité (PUM 2018) et notamment son projet de 15 corridors cyclables structurants [6]. Celui-ci, bien qu’ambitieux tant au niveau des principes que de la concertation entre acteurs, concerne cependant l’échelle de l’arrondissement/agglomération et est du coup trop peu précis pour planifier et mettre en œuvre un véritable réseau cyclable pour la Ville de Liège.

C’est pourquoi, pour ce nouvel appel à projets, le GRACQ Liège
souhaiterait que la candidature liégeoise se concentre sur : 

Un projet commun

On l’a vu lors du premier plan Wallonie Cyclable et on le constate aujourd’hui dans la Task Force de Liège sensée réalisée les Coronapistes. La coordination entre la Ville et les services régionaux de la Direction des Routes de Liège (SPW MI) [7] n’est pas toujours optimale.

Dans une ville comme Liège, vu l’imbrication des voiries régionales et communales, se limiter à agir sur ces dernières n’a pas de sens. Nous demandons dès lors que soit mis en place une réelle collaboration entre la Ville de Liège, ses différents services (Travaux, Mobilité, Urbanisme, Police…) et la Direction des Routes de Liège du SPW pour rédiger et mettre en œuvre un plan commun comprenant des étapes concertées à court, moyen et long terme. Le tout, en cohérence avec le projet d’agglomération du PUM.

Des axes structurants réalisés ligne par ligne.

15 corridors vélos ont été identifié dans le PUM pour connecter la périphérie au centre de la ville. Nous proposons que la candidature de Liège accélère la réalisation de ces corridors sur le territoire de la Ville

Nous proposons que les axes les plus porteurs en termes de potentiel soient identifiés et créés en premier lieu en partenariat avec le SPW afin d’enclencher une dynamique positive et un premier basculement massif dans le transfert modal.

Et comme pour un chantier de tram, nous demandons que ces axes soient réalisés ligne par ligne. Il faut arrêter, pour ce type de projet, de travailler par tronçon d’un futur réseau structurant. Nous souhaitons la réalisation de lignes complètes en site propre [8] et identifiables facilement par l’ensemble des usagers.

Des liaisons inter-quartiers et vers les axes structurants

Si les réalisations récentes de la Task Force (rues cyclables, B22-B23, zone piétonne, zone 30 …) tendent à sécuriser les déplacements à vélo dans les quartiers, les liaisons entre les quartiers restent problématiques.

Nous proposons donc que ce plan Wallonie cyclable se concentre également sur ces chainons manquants communaux permettant de connecter de façon sûre et continue, les quartiers entre-eux mais aussi permettant de rejoindre le réseau de corridors.

Du personnel en suffisance

Enfin, nous souhaitons attirer une nouvelle fois l’attention des autorités communales (mais cela vaut aussi pour les autorités régionales) sur la surcharge de travail constatée dans les services concernés par les premières mesures décidées en Task Force.

Si nous apprécions les efforts consentis par les membres de l’administration communale (et régionale), nous avons compris que ce rythme ne pourrait être maintenu alors que l’ambition de la ville (et de la région) est de proposer une politique de rupture qui nécessitera une charge de travail supplémentaire.

Bien entendu, la période estivale et la crise sanitaire n’ont pas aidé mais ce constat, nous le faisons depuis un certain temps. Il nous semble donc essentiel, si la ville (et la région) ne souhaite pas réaliser une politique cyclable « dans l’urgence », qu’elle se donne les moyens de sa politique en réorganisant ou en renforçant les services concernés.

Tous les feux sont aux verts mais…

Depuis quelques années et cela s’est précisé ces derniers mois, l’envie de se déplacer à Liège à vélo est en nette progression.

Mais pour accompagner cette tendance, il est nécessaire de répondre aux BESOINS d’aménagements cyclables sûrs, continus et connectés entre eux tel qu’exprimé à maintes reprises par les citoyens et notamment dans le cadre de LIEGE 2025. C’est la seule manière de mettre en place une politique cyclable crédible à hauteur des ambitions.

Il revient maintenant aux administrations communale et régionale de démontrer leur ambition par une stratégie planifiée claire et partagée et surtout des avancées concrètes sur le terrain.

La majorité des Liégeois.es est prête à changer de modes et/ou à soutenir des développements cyclables de qualité facilitant les déplacements mais elle attend un soutien sur le terrain !
 

Rérécences :

[1] http://mobilite.wallonie.be/news/communes-pilotes-wallonie-cyclable-2020...
[2] http://liege.gracq.org/Evaluation%20plan%20wallonie%20cyclable%20Liege
[3] https://www.gracq.org/actualites-du-gracq/pourquoi-le-relief-nest-plus-u...
[4] https://www.gracq.org/actualites-du-velo/universite-de-liege-un-potentie...
[5] https://www.liege.be/fr/vie-communale/services-communaux/communication/e...
[6] http://liege.gracq.org/PUM%20vot%C3%A9
[7] https://spw.wallonie.be/guide/guide-services/139850
[8] http://liege.gracq.org/corridor-cyclable

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